C’est le grand invisible de notre anatomie, le trait d’union secret entre vos vertèbres et vos jambes. À la fois moteur de nos mouvements et réceptacle de nos angoisses, le psoas est la clé de voûte d’une posture équilibrée. Mais pourquoi ce muscle stratégique est-il devenu le casse-tête numéro un des kinés et des sédentaires ? Anatomie d’un pivot corporel aussi complexe que fascinant.
Dans le grand dictionnaire riche et varié de la kinésithérapie, il y a des mots qui reviennent souvent de manière régulière, tels que articulations fibreuses, périarthrite ou encore balnéothérapie, pour ne citer qu’eux. Et puis il y a des cartes rares. Parmi celles-ci : le psoas. Comme les OST dans les films de Steven Spielberg, le psoas est discret, peu considéré par la majorité et pourtant, il est d’une importance capitale dans le bon fonctionnement du squelette humain. Pour les non-initiés, le psoas est le seul muscle qui fait office de trait d’union direct entre votre colonne vertébrale et vos jambes. En cabinet, il est le suspect habituel, celui que l’on palpe avec une grimace de compassion tant sa mise en tension est révélatrice de nos modes de vie.
Pour un kinésithérapeute, négliger le psoas reviendrait à vouloir réparer une voiture de sport en ignorant l’état de ses suspensions : c’est une faute stratégique. Comprendre ce muscle, c’est pénétrer au cœur de la biomécanique humaine, là où la posture rencontre le mouvement, et où la douleur lombaire trouve souvent sa source la plus profonde.
L’anatomie du trait d’union : quand le tronc rencontre ses membres
Si l’on devait comparer le psoas à une position tactique dans le football, c’est le milieu relayeur, le N’Golo Kanté. En gros, celui qui agit dans l’ombre mais qui est indispensable pour le bon fonctionnement de son équipe, ici le corps humain. Les plus érudits l’appellent aussi l’ilio-psoas, car il finit par fusionner avec son voisin de palier, le muscle iliaque, mais c’est bien le grand psoas qui assure le spectacle.
Pour bien comprendre, imaginez un muscle long, fusiforme, qui prend racine non pas sur une structure périphérique, mais sur le saint des saints de notre charpente : les corps vertébraux de la douzième vertèbre thoracique jusqu’à la cinquième lombaire. Il ne se contente pas de s’accrocher aux os, il s’insère aussi sur les disques intervertébraux, ce qui en fait, de facto, un acteur majeur de la santé de nos coussinets discaux. De là, il entame une descente audacieuse à travers le bassin pour aller se fixer sur le petit trochanter, une excroissance discrète sur la face interne du fémur. C’est cette architecture unique qui lui confère son titre de pont puisque c’est le seul et unique muscle à être en contact avec vos vertèbres, tout en commandant la direction de de vos cuisses.
Quel est le rôle du psoas ?
Cette double appartenance lui confère des fonctions de couteau suisse de la mobilité. Son rôle de chef de file est sans conteste la flexion de la hanche. Sans lui, impossible de lever le genou, de gravir une marche ou de sprinter pour attraper un bus. Il est le moteur premier de la marche, celui qui initie la phase oscillante. Mais son talent ne s’arrête pas là. Lorsqu’il décide de prendre son point fixe sur le fémur, il devient un redoutable fléchisseur du tronc. C’est lui qui vous permet de vous redresser lorsque vous êtes allongé ou de vous pencher en avant pour lacer vos chaussures. En plus de cela, il joue les agents d’équilibre en participant à la rotation externe de la hanche et à la stabilisation latérale du rachis.
En somme, le psoas est à la fois le moteur de propulsion et le stabilisateur de trajectoire. Un sorte d’architecte de notre verticalité, celui qui transforme une colonne empilée de manière précaire en un système dynamique capable de se mouvoir dans l’espace avec une efficacité redoutable, pour peu qu’on ne le laisse pas s’enrayer.
Pourquoi le psoas est-il lié au mal de dos et au stress ?
Vous l’aurez bien compris, le psoas est indispensable, son importance est cruciale notamment au niveau de la posture. Pour bien comprendre, si votre psoas n’est pas fonctionnel (le grand mal de notre siècle notamment dû à la sédentarisation), celui-ci va alors tirer inlassablement sur les vertèbres lombaires. Ce phénomène n’est pas anecdotique : une étude Kiné-Data de 2024 révèle que le psoas est à l’origine de 35 % des lombalgies chroniques chez les profils sédentaires. Le résultat est souvent une hyperlordose…
Mais sa relation avec notre bien-être dépasse la simple mécanique. Le psoas est intimement lié au diaphragme par des connexions aponévrotiques. C’est là que le côté « mystique » de ce muscle intervient : lors d’un stress, notre réflexe archaïque de fuite contracte le psoas. Si ce stress devient chronique, le muscle reste en alerte, bloquant au passage une respiration fluide. En kinésithérapie, on ne traite donc pas seulement un fléchisseur de hanche, on traite un verrou émotionnel et respiratoire.
Alors, comment chouchouter ce muscle capricieux pour qu’il reste un allié plutôt qu’un tortionnaire ?
Pour le kiné, l’approche doit être globale. On oublie l’idée reçue qu’il faut toujours l’étirer aveuglément. Parfois, un psoas est douloureux parce qu’il est faible et qu’il compense comme il peut. Le premier conseil à donner aux patients est de rompre la monotonie posturale. La position assise est l’ennemi premier du psoas ; il faut donc encourager l’ouverture des hanches. Les exercices de type « chevalier servant », où l’on cherche à rétroverser le bassin tout en avançant doucement, restent des classiques indémodables, à condition de ne pas cambrer le dos comme un gymnaste de l’Est.
Il est également crucial de renforcer les antagonistes, notamment les grands fessiers, pour rétablir une balance musculaire décente. En cabinet, le praticien pourra jouer sur des techniques de relâchement myofascial ou des levées de tension, mais le vrai travail se fait dans l’éducation du patient : apprendre à respirer avec son ventre pour détendre indirectement les attaches du psoas et redonner de l’espace à ses vertèbres. En fin de compte, prendre soin de son psoas, c’est un peu comme entretenir une amitié complexe : il faut savoir l’écouter, ne pas trop le brusquer, mais lui rappeler régulièrement de rester à sa place pour que l’ensemble du corps puisse avancer sereinement.
FAQ : Tout savoir sur le psoas et la kinésithérapie
1. Pourquoi le psoas est-il souvent appelé le « muscle de l’âme » ?
Le psoas est surnommé ainsi en raison de ses connexions anatomiques avec le diaphragme via les piliers fibreux du rachis. Étant intimement lié au système nerveux autonome, il se contracte instinctivement lors d’un stress ou d’un choc émotionnel (réflexe de survie). Une tension chronique du psoas peut donc être le signe d’un état d’anxiété prolongé.
2. Comment savoir si mon psoas est trop court ou rétracté ?
Le signe le plus courant est une difficulté à maintenir une station debout prolongée sans cambrer excessivement le dos (hyperlordose). En kinésithérapie, nous utilisons le Test de Thomas : allongé sur le dos en bord de table, si l’une de vos jambes reste levée lorsque vous ramenez l’autre genou contre votre poitrine, c’est le signe d’une rétraction du psoas.
3. La position assise est-elle vraiment l’ennemi du psoas ?
Oui. En position assise prolongée, le psoas reste en position de raccourcissement continu. Avec le temps, le muscle perd sa souplesse et sa capacité d’extension.

