En 2026, la France compte un peu plus de 109 000 kinésithérapeutes inscrits au Tableau de l’Ordre, dont 85 % exercent en libéral ou en mode mixte. Derrière ce chiffre record se cache une réalité plus complexe : une profession en plein essor démographique, mais dont la répartition territoriale reste profondément inégale. Certaines régions du Sud affichent plus de 200 kinés pour 100 000 habitants, tandis que la Normandie ou le Centre-Val de Loire peinent à dépasser les 120. Alors, la France manque-t-elle ou déborde-t-elle de kinésithérapeutes ? La réponse est… les deux à la fois.
109 000 kinés en France : une profession en plein essor
La kinésithérapie est désormais la première profession de rééducation et la quatrième profession de santé en France. En huit ans seulement, les effectifs ont progressé de +26,57 % : ils n’étaient que 86 116 en 2018. Cette croissance s’explique par deux facteurs principaux :
- La hausse progressive des quotas d’admission dans les Instituts de Formation en Masso-Kinésithérapie (IFMK), passés de 2 789 places en 2018 à plus de 3 000 en 2022.
- Un flux croissant de kinés diplômés à l’étranger (Espagne, Belgique, Portugal notamment), qui représentaient déjà 27 655 professionnels en 2022, soit près d’un quart des effectifs.
La démographie des kinés, les chiffres clés :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Nombre total de kinés inscrits | 109 000 |
| Dont kinés libéraux ou mixtes | 89 809 (85 %) |
| Dont kinés salariés exclusifs | 15 % |
| Densité nationale | 154,5 pour 100 000 hab. |
| Part de femmes dans la profession | 52,2 % |
| Âge moyen | 40 ans |
| Tranche la plus représentée | 25–29 ans (19 746 professionnels) |
85 % en libéral : portrait de la profession en 2026
La grande majorité des kinésithérapeutes exerce en cabinet libéral. Sur les 109 000 professionnels, 89 809 exercent en libéral ou en mode mixte (libéral + salarié), soit 85 % des effectifs. C’est une spécificité forte de la kinésithérapie par rapport à d’autres professions de santé.
La profession se féminise progressivement : les femmes représentent désormais 52,2 % des effectifs totaux. En revanche, chez les kinés libéraux actifs, les hommes restent légèrement majoritaires selon les dernières données DREES.
La tranche d’âge la plus représentée est celle des 25–29 ans (19 746 professionnels), signe d’une profession jeune, en plein renouvellement. Cette jeunesse des effectifs a une conséquence directe : les départs à la retraite ne compensent pas et ne compenseront pas dans les prochaines décennies les nouvelles entrées dans la profession.
Pour comprendre ce que représente concrètement l’exercice libéral au quotidien de la gestion administrative à la facturation retrouvez notre article sur la comptabilité du kiné libéral.
Une répartition géographique profondément inégale
La densité nationale de 154,5 kinés pour 100 000 habitants masque des écarts considérables d’un territoire à l’autre.
Les régions sur-dotées
PACA, l’Occitanie et la Corse concentrent les densités les plus élevées, avec plus de 200 kinés pour 100 000 habitants dans plusieurs départements. Ces zones attractives captent les jeunes diplômés, créant une véritable saturation de l’offre de soins.
Les régions sous-dotées
La Normandie, le Centre-Val de Loire et plusieurs territoires d’Île-de-France (grande couronne) affichent des densités inférieures à 120 pour 100 000 habitants. Les territoires ultramarins sont les plus touchés : Mayotte et la Guyane affichent des densités inférieures à 50, révélant un véritable désert de soins kinésithérapiques.
| Région | Densité (kinés / 100 000 hab.) | Situation |
|---|---|---|
| PACA / Occitanie / Corse | > 200 | ⚠️ Sur-dotée |
| Moyenne nationale | 154,5 | — |
| Normandie / Centre-Val de Loire / IdF grande couronne | < 120 | 🔴 Sous-dotée |
| Mayotte / Guyane | < 50 | 🚨 Très sous-dotée |
Dans les zones sous-dotées, les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous chez un kiné peuvent dépasser plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Surpopulation ou sous-dotation ? Les deux à la fois
La question « y a-t-il trop de kinés en France ? » n’appelle pas de réponse binaire.
Arguments en faveur d’une sur-représentation
- Dans les zones sur-dotées, la concurrence entre praticiens est forte, les revenus stagnent et certains cabinets peinent à remplir leur agenda.
- La France affiche une densité nettement supérieure à celle de nombreux pays européens aux systèmes de soins comparables.
Arguments en faveur d’un besoin accru
- La France vieillit : le vieillissement démographique entraîne mécaniquement une hausse des besoins en rééducation (pathologies chroniques, chutes, maladies dégénératives).
- De nouvelles formes d’exercice émergent téléconsultation, soins à domicile, bilan diagnostic kinésithérapique qui créent des besoins encore non couverts.
- Les déserts kinésithérapiques en zones rurales et ultramarines prouvent qu’une pénurie réelle existe localement.
Pour aller plus loin sur ce sujet, consultez notre article Trop ou pas assez de kinés libéraux en France en 2025 ?
La régulation des installations : l’Avenant 6 en première ligne
Face aux déséquilibres territoriaux, les pouvoirs publics et l’Assurance Maladie ont mis en place un dispositif de régulation des installations encadré par l’Avenant 6 à la convention nationale de kinésithérapie.
Ce texte instaure un zonage territorial défini par les Agences Régionales de Santé (ARS) :
| Zone | Couleur | Conditions d’installation |
|---|---|---|
| Très sous-dotée | 🟣 Violet | Aides à l’installation + majorations tarifaires |
| Sous-dotée | 🔵 Bleu | Incitations financières |
| Intermédiaire | 🟢 Vert | Installation libre |
| Sur-dotée | 🟠 Orange | Remplacement obligatoire d’un praticien cessant |
| Très sur-dotée | 🔴 Rouge | Installation très restreinte |
Ce dispositif oblige les futurs kinés libéraux à anticiper leur projet d’installation bien en amont de l’obtention de leur diplôme. Pour tout comprendre sur les démarches, retrouvez notre guide Devenir kiné en 2026.
Comparaison européenne : la France est-elle vraiment en surpopulation ?
| Pays | Densité (kinés / 100 000 hab.) |
|---|---|
| Belgique | 355,9 |
| Allemagne | ~245 |
| France | 154,5 |
La France se situe en réalité dans la partie médiane des pays européens. Le problème n’est donc pas tant la densité globale que la concentration géographique des praticiens dans certaines zones au détriment d’autres.
Projections 2040 : vers 133 000 kinés en France ?
Selon les projections de la DREES, avec les tendances d’entrées dans la profession inchangées, la France pourrait compter 133 000 kinésithérapeutes à l’horizon 2040. La densité nationale passerait alors d’environ 154,5 à 184 pour 100 000 habitants.
Cette croissance continuera à se concentrer dans les zones déjà bien dotées si aucune mesure corrective forte n’est prise. Les leviers envisagés par les autorités :
- Renforcement des incitations financières dans les déserts kinésithérapiques.
- Développement de la téléconsultation en kinésithérapie pour améliorer l’accès aux soins dans les zones isolées.
- Révision des quotas de formation par bassin de vie plutôt que par région.
La question du revenu selon la zone d’installation est centrale dans les choix des jeunes kinés. Notre article sur le salaire kiné en 2026 fait le point complet sur ce sujet.
FAQ – Questions fréquentes
Combien y a-t-il de kinésithérapeutes en France en 2026 ?
Au 1er janvier 2025, la France comptait 109 000 kinésithérapeutes inscrits au Tableau de l’Ordre, selon le rapport démographique du CNOMK. Ce chiffre est en hausse constante depuis plusieurs années (+26,57 % depuis 2018).
Quel est le ratio kinésithérapeutes / habitants en France ?
La densité nationale est de 154,5 kinésithérapeutes pour 100 000 habitants. Ce chiffre varie fortement selon les régions : il dépasse 200 en PACA et Occitanie, et tombe en dessous de 120 en Normandie ou Centre-Val de Loire.
Y a-t-il trop de kinés en France ?
Pas à l’échelle nationale : la France reste en dessous de pays comme la Belgique ou l’Allemagne. Mais certaines zones (notamment dans le Sud) sont clairement sur-dotées, tandis que d’autres (zones rurales, Outre-mer) souffrent d’un manque criant de professionnels.
Quelles régions manquent de kinésithérapeutes ?
Les zones les plus sous-dotées sont les territoires d’Outre-mer (Mayotte, Guyane), certaines zones rurales de Normandie, du Centre-Val de Loire et de la grande couronne parisienne. Ces zones bénéficient d’aides à l’installation dans le cadre de l’Avenant 6.
Peut-on s’installer librement comme kiné partout en France ?
Non. L’Avenant 6 à la convention nationale impose des conditions dans les zones très sur-dotées (remplacement obligatoire d’un praticien sortant). Dans les zones sous-dotées, des incitations financières sont au contraire proposées.
Combien de kinés sont diplômés chaque année en France ?
Environ 3 000 nouveaux kinés sont formés chaque année dans les IFMK. À cela s’ajoutent des flux de professionnels diplômés à l’étranger, qui représentaient 27 655 kinés en activité en 2022.
Conclusion
La démographie des kinésithérapeutes libéraux en France en 2026 ne se résume pas à un simple débat surpopulation vs. pénurie. Elle révèle une profession dynamique, jeune et féminisée, mais confrontée à un défi fondamental : la répartition équitable de ses effectifs sur l’ensemble du territoire.
Avec 109 000 professionnels et une densité nationale de 154,5 pour 100 000 habitants, la France se situe dans une position intermédiaire au niveau européen. Mais les écarts régionaux du simple au quadruple selon les territoires posent une vraie question d’équité d’accès aux soins.
Pour les futurs kinés qui réfléchissent à leur installation, bien choisir sa zone géographique est devenu un enjeu stratégique. Retrouvez sur le blog Topaze tous les articles pour vous accompagner dans ce projet, de la formation pour devenir kiné jusqu’à la gestion de votre cabinet libéral.

