Blog 5 Kiné au quotidien 5 Comment prendre en charge la maladie de Sever en kinésithérapie ?

Comment prendre en charge la maladie de Sever en kinésithérapie ?

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    Comment prendre en charge la maladie de Sever en kinésithérapie ?


    La prise en charge kinésithérapique de la maladie de Sever (apophysite calcanéenne) repose sur la gestion active de la charge mécanique, et non sur le repos complet : adaptation de l’activité sportive, étirement et assouplissement de la chaîne postérieure, et renforcement progressif (notamment excentrique du triceps sural). Le diagnostic est clinique, confirmé par le squeeze test calcanéen. Sous traitement conservateur bien conduit, le retour au sport est généralement possible en deux mois environ.

    Souvent comparée à la maladie d’Osgood-Schlatter pour le genou, elle n’est pas grave mais peut être très invalidante pour les patients. En France, on estime qu’elle touche environ 8 à 10 % des jeunes athlètes, particulièrement entre 8 et 15 ans. Elle se manifeste par une boiterie à la marche ou après le sport, imposant parfois l’arrêt de toute activité.

     

    Pourquoi la kinésithérapie est-elle pertinente pour traiter la maladie de Sever ?

    La kinésithérapie joue un rôle pivot car elle permet de passer d’un repos passif, souvent inefficace à long terme, à une gestion active de la pathologie. Le premier objectif du kiné est de réaliser un examen clinique approfondi pour valider le diagnostic. Ce dernier repose essentiellement sur le test de Hopkinson (compression bilatérale de la partie postérieure du calcanéus). Mais au-delà du simple constat, pourquoi la kinésithérapie est-elle si pertinente ici ?

     

    Comment moduler la contrainte mécanique sur le talon ?

     

    L’enjeu pour le kinésithérapeute est de comprendre la balance entre capacité de charge et stress mécanique. Le rôle du professionnel est d’éduquer les patients sur la douleur. Il ne s’agit plus de prôner le repos complet, mais d’ajuster l’activité physique pour éviter l’atrophie et le désengagement sportif, tout en protégeant le talon.

     

    Comment corriger les facteurs biomécaniques ?

     

    La maladie de Sever est souvent corrélée à une raideur de la chaîne postérieure. Le kiné intervient pour rééquilibrer les tensions. Un tendon d’Achille trop court ou un triceps sural hypertonique augmente la traction sur l’apophyse lors de la marche ou du saut. Le traitement vise donc à redonner de la souplesse et de la force là où le déficit est identifié lors de l’examen.

     

    Comment prévenir les récidives et les compensations ?

     

    Sans une rééducation adaptée, l’enfant peut développer des schémas de compensation (marche sur la pointe des pieds, modification de la foulée). La kinésithérapie assure que la fin de la croissance se déroule sans séquelles fonctionnelles, en intégrant des exercices de contrôle moteur globaux.

     

    Quelles sont les techniques de rééducation et les exercices à privilégier en séance ?

     

    Une fois le diagnostic posé, la séance doit s’articuler autour d’un protocole progressif. Le kinésithérapeute dispose de plusieurs leviers pour soulager la douleur et favoriser la guérison.

     

    Le contrôle initial et la thérapie manuelle

     

    Au début du traitement, l’accent est mis sur l’antalgie. Le kiné peut utiliser :

    • Des massages transverses profonds sur le corps du tendon d’Achille.
    • Des techniques de levée de tension sur les jumeaux et le soléaire.
    • Le port de talonnettes en silicone (souvent recommandé pour diminuer la tension immédiate).

     

    Le renforcement et les exercices spécifiques

     

    La rééducation moderne s’appuie sur la mise en charge progressive. Voici des exemples d’exercices à intégrer :

    1. Isométrie : Maintenir des contractions statiques du triceps sural pour désensibiliser la zone du talon.
    2. Travail excentrique : Freiner la descente du talon sur une marche d’escalier (protocole de type Alfredson adapté).
    3. Renforcement des muscles intrinsèques : Travailler la stabilité des pieds pour mieux répartir les forces d’impact lors du sport.

     

    Les étirements : quand et comment ?

     

    Les étirements doivent être conduits avec prudence. S’ils sont trop agressifs en phase aiguë, ils peuvent aggraver l’inflammation de l’apophyse. Le kinésithérapeute privilégiera des étirements activo-passifs de la chaîne postérieure, toujours sous le seuil de la douleur vive.

     

    Le retour au terrain

     

    Chaque séance doit préparer le geste sportif. Le kiné valide la reprise par des tests de sauts (proprioception) et de course fractionnée. L’objectif final est que les patients reprennent leur sport favori avec un capital musculaire renforcé et une meilleure connaissance de leurs limites physiologiques.



    Quel protocole de rééducation suivre en séance ?

     

    La rééducation s’organise en phases progressives, de l’antalgie au retour au terrain. Le tableau ci-dessous résume une trame type ; elle s’adapte au stade fonctionnel et à la tolérance du patient.

    Phase Objectif Techniques et exercices
    1. Antalgie / contrôle Réduire la douleur et la traction immédiate Glace, talonnettes en silicone, levée de tension des jumeaux et du soléaire, adaptation de la charge sportive
    2. Souplesse Lever la raideur de la chaîne postérieure Étirements activo-passifs du triceps sural, sous le seuil de la douleur vive ; travail de la flexion dorsale
    3. Renforcement Restaurer la capacité de charge du talon Isométrie du triceps sural, puis renforcement excentrique (heel raises freinés sur marche), renforcement des muscles intrinsèques du pied
    4. Retour au sport Réintégrer le geste sportif sans rechute Tests de sauts (proprioception), course fractionnée, réathlétisation progressive avec auto-limitation si la douleur revient

    Sources : StatPearls / NCBI (renforcement excentrique par heel raises et étirement du gastrocnémien), revue de littérature sur la prise en charge conservatrice (retour au sport en deux mois environ). Protocole indicatif à adapter par le praticien.

     

    Quelle est la place des talonnettes et des semelles orthopédiques ?

    Les talonnettes en silicone diminuent la tension immédiate sur le talon et apportent un soulagement à court terme. Les semelles orthopédiques sur mesure sont indiquées en présence de troubles statiques du pied (hyperpronation par exemple) ; certaines données suggèrent qu’elles améliorent l’alignement biomécanique mieux que des talonnettes standard. La kinésithérapie reste toutefois le traitement de première intention pour agir sur la fonction musculaire.

     

    FAQ : Vos questions sur la prise en charge de la maladie de Sever

     

    L’arrêt du sport est-il obligatoire ?

    Non, le repos complet est rarement nécessaire. Le kiné préconise plutôt un repos relatif. On adapte l’activité en fonction de l’échelle de douleur (généralement inférieure à 3/10).

     

    Quelle est la différence avec la maladie d’Osgood-Schlatter ?

    L’Osgood touche la tubérosité tibiale antérieure (genou), tandis que la maladie de Sever concerne le talon. Les deux sont des apophysites de croissance liées à une surutilisation.

     

    Les semelles orthopédiques sont-elles nécessaires ?

    Un examen podologique peut être utile si des troubles statiques des pieds sont détectés. Cependant, la kinésithérapie reste le traitement de première intention pour agir sur la fonction musculaire.

     

    Combien de temps dure la rééducation ?

    Une rééducation bien menée dure généralement de 4 à 8 semaines, mais la vigilance doit rester de mise jusqu’à la fin de la poussée de croissance.

     

    Pourquoi masser le tendon d’Achille si la douleur est au talon ?

    Le tendon transmet les forces du triceps au calcanéus. Relâcher les tensions sur le tendon permet de diminuer directement la traction mécanique subie par l’os.

     

    Quels exercices faire à la maison ?

    Le kinésithérapeute prescrit souvent des auto-étirements et du renforcement des muscles profonds du pied pour stabiliser la voûte plantaire au quotidien.

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