La santé et le bien-être représentent 37 % de l’ensemble des signalements reçus par la Miviludes entre 2022 et 2024, un chiffre en hausse de 110 % depuis 2015 (source : Miviludes, rapport d’activité 2022-2024, avril 2025).
Le code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes interdit formellement le charlatanisme et l’usage de procédés illusoires ou insuffisamment éprouvés (article R.4321-87 du code de la santé publique) et impose au praticien un devoir d’information loyale, claire et appropriée envers ses patients (article R.4321-83).
Des pratiques comme la kinésiologie n’ont fait la preuve d’aucune efficacité scientifique selon l’évaluation de l’Inserm (2017), et l’usage du titre de « kinésiologue » par un masseur-kinésithérapeute constitue une faute disciplinaire pour l’Ordre (CNOMK).
Face à un patient exposé à une dérive sectaire, le kiné libéral peut alerter le Conseil départemental de l’Ordre et signaler les faits à la Miviludes, qui a transmis 80 dossiers à la justice au titre de l’article 40 du code de procédure pénale sur la période 2023-2024.
Un patient qui vous parle d’un « thérapeute énergétique » qui lui a conseillé d’arrêter son traitement, un confrère qui se présente comme « kinésiologue » : ces situations ne sont pas anecdotiques. Elles touchent directement votre patientèle et engagent votre responsabilité déontologique. Voici ce que disent les derniers chiffres officiels sur les dérives sectaires dans la santé, ce que prévoit précisément le code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes, et comment réagir concrètement.
Que révèle le dernier rapport de la Miviludes sur les dérives sectaires dans la santé ?
La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a publié en avril 2025 son rapport d’activité couvrant la période 2022-2024. Le nombre de signalements et demandes d’informations reçus a fortement progressé sur la dernière décennie, et le secteur de la santé et du bien-être en concentre une part majoritaire.
| Indicateur | Donnée officielle | Période |
| Signalements reçus par la Miviludes | 2 160 en 2015, 4 571 en 2024 | 2015 à 2024 |
| Évolution | +110 % de signalements | 2015 à 2024 |
| Part du secteur santé et bien-être | 37 % de l’ensemble des signalements | 2022 à 2024 |
| Signalements santé liés au cancer | Plus de la moitié des signalements sanitaires | 2022 à 2024 |
| Faits transmis à la justice (article 40 du code de procédure pénale) | 80 dossiers | 2023 à 2024 |
Source : Miviludes (ministère de l’Intérieur), dossier de presse du rapport d’activité 2022-2024, publié en avril 2025.
Quelles pratiques de santé sont particulièrement concernées par les dérives sectaires ?
La Miviludes évoque des « pratiques de soins non conventionnelles » et des « pseudothérapeutes » qui exploitent la recherche de bien-être des patients, en particulier autour de pathologies lourdes comme le cancer, où le renoncement aux soins conventionnels représente un risque vital. Une convention lie d’ailleurs la Miviludes et la Ligue contre le cancer sur ce sujet précis.
La kinésiologie illustre bien ce risque de confusion avec la kinésithérapie. Dès 2013, le Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes avait qualifié cette pratique de « dérive thérapeutique ». En mai 2017, l’Inserm a confirmé ce constat à la demande du ministère de la Santé : ni la kinésiologie appliquée professionnelle, ni les kinésiologies énergétiques n’ont fait la preuve de leur efficacité, et le test musculaire manuel sur lequel elles reposent manque de reproductibilité et de validité diagnostique. Les données de sécurité disponibles pointent en outre un risque de mise sous emprise du patient.
Conséquence concrète pour la profession : l’Ordre ne reconnaît pas la kinésiologie comme une qualification, et l’utilisation par un masseur-kinésithérapeute des termes « kinésiologue » ou « kinésiologie » constitue une violation disciplinaire (source : ordremk.fr).
Quelles obligations déontologiques encadrent le masseur-kinésithérapeute face à ces dérives ?
Le code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes, codifié aux articles R.4321-51 à R.4321-98 du code de la santé publique, fixe deux obligations directement liées aux dérives sectaires et thérapeutiques.
| Article | Ce que dit le texte | Ce que cela implique pour le kiné |
| R.4321-83 (information du malade) | « Le masseur-kinésithérapeute, dans les limites de ses compétences, doit à la personne qu’il examine, qu’il soigne ou qu’il conseille, une information loyale, claire et appropriée sur son état et les soins qu’il lui propose. » | Expliquer clairement les actes proposés, leurs bénéfices attendus et leurs limites, y compris pour écarter un patient de pratiques non éprouvées. |
| R.4321-87 (charlatanisme) | « Le masseur-kinésithérapeute ne peut conseiller et proposer au patient ou à son entourage, comme étant salutaire ou sans danger, un produit ou un procédé, illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite. » | S’interdire lui-même tout procédé non conforme aux données scientifiques actuelles, et rester vigilant vis-à-vis des discours qui exploitent la crédulité des patients. |
Source : deontologie.ordremk.fr (Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes), code de déontologie commenté, consulté en août 2026.
Ce devoir d’information ne se limite pas aux dérives sectaires : il s’applique au quotidien, y compris sur les questions d’honoraires et de remboursement. Notre article sur le devoir d’information des kinés libéraux détaille cette obligation au quotidien, tout comme notre article sur la responsabilité du kinésithérapeute au-delà des soins.
Que faire quand on soupçonne une dérive sectaire chez un patient ou un confrère ?
La Miviludes rappelle que le risque tient moins à la méthode elle-même qu’à la personnalité de celui qui se présente comme thérapeute, et à son emprise potentielle sur des patients fragilisés. Un signalement ou une orientation adaptée peut faire toute la différence.
- Informer le patient de façon factuelle sur l’absence de preuve scientifique de la pratique en cause, sans rupture brutale de la relation de soin, sauf danger immédiat.
- Orienter vers le médecin traitant en cas de doute sur la poursuite ou l’interruption d’un traitement médical.
- Alerter le Conseil départemental de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes en cas de dérive constatée chez un confrère ou un professionnel de santé.
- Signaler les faits à la Miviludes (formulaire en ligne sur miviludes.interieur.gouv.fr), notamment lorsque le patient semble sous emprise ou lorsque des sommes importantes sont réclamées.
Rappelons enfin que le secret professionnel du kiné n’est pas un obstacle absolu à la protection du patient : notre article sur le secret professionnel des kinés libéraux fait le point sur ses limites, tout comme notre présentation du rôle et des missions de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, votre premier interlocuteur en cas de doute.
FAQ : dérives sectaires et devoir d’information du kiné
Qu’est-ce que la Miviludes ?
La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) est un service rattaché au ministère de l’Intérieur chargé d’observer et de prévenir les dérives sectaires en France, notamment dans le domaine de la santé (source : miviludes.interieur.gouv.fr, 2025).
La kinésiologie est-elle reconnue par l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes ?
Non. L’Ordre ne reconnaît pas la kinésiologie comme une qualification professionnelle et son évaluation scientifique par l’Inserm en 2017 n’a démontré aucune efficacité prouvée (source : Inserm, 2017 ; ordremk.fr).
Quel article du code de déontologie interdit le charlatanisme aux kinés ?
L’article R.4321-87 du code de la santé publique interdit au masseur-kinésithérapeute de conseiller un produit ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé, et proscrit toute pratique de charlatanisme (source : deontologie.ordremk.fr).
Le devoir d’information du kiné s’applique-t-il uniquement aux dérives sectaires ?
Non, il s’agit d’une obligation générale prévue à l’article R.4321-83 du code de la santé publique, qui impose une information loyale, claire et appropriée sur l’état du patient et les soins proposés, dans toutes les situations de soin (source : deontologie.ordremk.fr).
Où signaler une dérive sectaire dans le domaine de la santé ?
Un signalement peut être adressé directement à la Miviludes via le formulaire disponible sur miviludes.interieur.gouv.fr, ou au Conseil départemental de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes si un professionnel de santé est concerné (source : miviludes.interieur.gouv.fr).
La part des signalements liés à la santé a-t-elle augmenté ces dernières années ?
Oui : la santé et le bien-être représentent 37 % des signalements reçus par la Miviludes entre 2022 et 2024, dans un contexte de hausse de 110 % du nombre total de signalements depuis 2015 (source : Miviludes, rapport d’activité 2022-2024, avril 2025).

