L’accès direct permet à un patient de consulter un masseur-kinésithérapeute sans passer au préalable par un médecin. Voté en mai 2023, précisé par décret en 2024, ce dispositif est aujourd’hui expérimenté dans 20 départements, avec une limite de 8 séances sans diagnostic médical. Mais en 2026, le sujet dépasse la simple question de son existence : c’est désormais son financement et sa régulation qui opposent la profession à l’Assurance Maladie.
Qu’est-ce que l’accès direct aux kinésithérapeutes ?
Concrètement, l’accès direct signifie qu’un patient peut se rendre chez un kinésithérapeute sans ordonnance, à condition que ce dernier exerce dans une structure coordonnée (maison de santé pluriprofessionnelle, centre de santé, communauté professionnelle territoriale de santé). Le kiné peut alors réaliser jusqu’à 8 séances sans diagnostic médical préalable, avant réorientation si besoin vers le médecin traitant.
Une revendication de longue date pour la profession
Le sujet n’est pas nouveau : dès 2019, la question de l’accès direct faisait déjà débat, entre études européennes sur la libéralisation de l’accès aux soins et prudence affichée côté ministère. En 2021-2022, le débat a pris un tour plus concret avec le PLFSS, opposant deux lectures : une reconnaissance méritée des compétences des kinés, ou une réponse pragmatique aux déserts médicaux, alors que des pathologies comme la lombalgie occupaient une part croissante de l’activité des cabinets. La profession a par ailleurs porté l’idée que l’accès direct pouvait aussi désengorger les services d’urgence, en prenant en charge en amont une partie de la traumatologie courante.
De la loi de mai 2023 au décret d’application de 2024
La loi du 19 mai 2023 relative à l’amélioration de l’accès aux soins a posé le principe de l’accès direct. Mais c’est le décret n° 2024-618 du 27 juin 2024, précisé après avis de la Haute Autorité de Santé, qui a fixé les modalités concrètes de l’expérimentation : exercice en CPTS, limite de 8 séances, et périmètre initial de 6 départements.
Où en est l’expérimentation en 2026 : 20 départements, 8 séances
Trois ans après la loi, le dispositif s’est étendu à 20 départements : Aude, Deux-Sèvres, Côtes-d’Armor, Gers, Haute-Corse, Haut-Rhin, Isère, Loiret, Martinique, Mayotte, Meurthe-et-Moselle, Nord, Réunion, Rhône, Seine-Maritime, Tarn, Var, Vendée, Yonne et Yvelines, pour une expérimentation prévue sur 5 ans. Le plafond de 8 séances sans diagnostic médical reste la règle, toujours conditionné à un exercice en structure coordonnée.
Le plaidoyer du CNOMK : jusqu’à 14 milliards d’euros d’économies
Pour la présidente du Conseil National de l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes, Pascale Mathieu, “la kinésithérapie est un levier majeur de santé publique”. Le CNOMK défend l’accès direct comme un investissement plutôt qu’une dépense, en ciblant en priorité les affections de longue durée (ALD), les troubles musculosquelettiques (TMS) et les personnes âgées fragiles (GIR 1 à 6). Son chiffrage : jusqu’à 14 milliards d’euros d’économies dans le scénario le plus optimiste, dont 6,5 milliards pour l’Assurance Maladie, et environ 3 milliards d’euros dans un scénario jugé réaliste. Sur la seule lombalgie, l’économie est estimée à 7 500 euros par patient sur 5 ans.
La CNAM freine : soutenabilité et équité en question
L’Assurance Maladie ne partage pas cette lecture. Selon une analyse détaillée par Caducée.net, elle constate une hausse de 6 % par an des dépenses liées à l’accès direct entre 2022 et 2025, et estime que le modèle actuel ne garantit, en l’état, ni un accès équitable aux soins, ni l’attractivité de la profession, ni la soutenabilité financière du dispositif. C’est cette tension entre promesse d’efficience et réalité budgétaire qui structure les discussions actuelles, bien plus que le principe même de l’accès direct.
Ce que ça change pour votre cabinet
Pour un kiné qui exerce déjà en CPTS ou structure coordonnée, la question n’est plus de savoir si l’accès direct va perdurer, mais dans quelles conditions il sera encadré à l’avenir : plafond de séances, ciblage par pathologie, compte rendu obligatoire au médecin traitant. Suivre cette actualité de près permet d’anticiper plutôt que de subir une évolution du cadre réglementaire.
FAQ
Qu’est-ce que l’accès direct aux kinésithérapeutes ?
C’est la possibilité pour un patient de consulter un kinésithérapeute sans ordonnance médicale préalable, dans la limite de 8 séances, à condition que le kiné exerce en structure coordonnée.
Quand l’accès direct a-t-il été adopté ?
La loi a été votée le 19 mai 2023, mais le décret précisant ses modalités concrètes (8 séances, exercice en CPTS) n’a été publié que le 27 juin 2024.
Combien de départements sont concernés en 2026 ?
20 départements, pour une expérimentation prévue sur une durée de 5 ans, contre 6 départements lors du lancement initial du décret.
Combien de séances un kiné peut-il réaliser sans diagnostic médical ?
8 séances maximum, à condition d’exercer en structure coordonnée (maison de santé, centre de santé, CPTS).
Quelles économies le CNOMK avance-t-il ?
Jusqu’à 14 milliards d’euros dans le scénario le plus optimiste (dont 6,5 milliards pour l’Assurance Maladie), et environ 3 milliards d’euros dans un scénario jugé réaliste.
Pourquoi la CNAM est-elle réticente ?
Elle relève une hausse de 6 % par an des dépenses entre 2022 et 2025 et estime que le dispositif ne garantit ni accès équitable aux soins, ni attractivité de la profession, ni soutenabilité financière.

