Pendant vingt ans, la liste des produits que les kinésithérapeutes pouvaient prescrire n’a pas bougé. L’arrêté du 14 septembre 2026 y met fin : plus étoffée, elle ouvre pour la première fois la prescription kiné à plusieurs médicaments, tout en restant strictement encadrée. Voici ce qu’il faut en retenir, sans entrer dans le détail de chaque ligne.
Ce que change l’arrêté du 14 septembre 2026
Publié au Journal officiel du 16 septembre 2026, l’arrêté est en vigueur depuis le 17 septembre. Il fixe une liste de 58 dispositifs médicaux et médicaments que les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire chez leurs patients, et il abroge l’arrêté du 9 janvier 2006 qui servait de référence jusqu’ici. Pour la présidente du Conseil national de l’Ordre, Pascale Mathieu, cette publication « constitue une avancée nécessaire pour notre profession et pour les patients », comme le rappelle l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes.
Quels produits un kiné peut-il prescrire ?
La liste couvre un champ large, qui recoupe des situations que les kinés rencontrent tous les jours au cabinet comme au domicile des patients. On y trouve notamment :
- des aides techniques : cannes, béquilles, déambulateurs, fauteuils roulants et lits médicalisés en location, matériel de transfert et de prévention des escarres ;
- des orthèses, des attelles, des chaussures thérapeutiques et du matériel de contention ;
- des appareils d’électrostimulation et de TENS, ainsi que des pansements ;
- du matériel de rééducation respiratoire et des outils de surveillance, dont le saturomètre et le tensiomètre ;
- plusieurs médicaments et produits de soin.
Le détail complet, avec les conditions propres à chaque ligne (location, formes exclues, renouvellement), figure dans l’annexe de l’arrêté, à consulter avant toute prescription.
Des médicaments, dans un cadre limitatif
C’est la nouveauté la plus visible : les kinés peuvent désormais prescrire certains médicaments, comme des antalgiques de palier 1 et des myorelaxants (hors formes injectables), des mucolytiques, des substituts nicotiniques ou des antiseptiques locaux hors produits iodés. Le texte vise les « antalgiques de palier 1 selon la classification de l’OMS » sans nommer de molécule. Il ne s’agit en aucun cas d’un droit général de prescription : seuls les produits figurant dans la liste sont concernés.
La prescription kiné : un cadre précis
L’article 1er de l’arrêté pose la règle : « à l’exclusion des produits et matériels utilisés pendant la séance, sauf indication contraire du médecin, les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés, dans le cadre de l’exercice de leur compétence, à prescrire chez leurs patients » les produits de la liste. Autrement dit, la prescription porte sur les patients que vous suivez et reste liée à votre champ de compétence. L’arrêté ne détaille pas le formalisme de l’ordonnance ; l’Ordre rappelle qu’elle doit être datée, signée et identifier le patient. Ce sont les mêmes qualités de clarté que celles que vous attendez des ordonnances que vous recevez, un sujet que nous abordons dans notre article sur les erreurs fréquentes dans les prescriptions kiné.
Prescrire n’est pas rembourser
Un point mérite l’attention : à ce jour, le Code de la sécurité sociale ne reconnaît pas encore la prescription du kiné comme ouvrant droit à une prise en charge pour les nouveaux médicaments. Selon la FFMKR, une modification de l’article R. 163-2 est nécessaire, comme l’explique Caducée.net. Cette situation peut évoluer : il vaut mieux vérifier l’état du remboursement avant d’en parler à vos patients.
Une profession qui gagne en autonomie
Cette liste s’inscrit dans un mouvement plus large. L’accès direct permet déjà, dans une expérimentation, de consulter un kiné sans prescription médicale. La profession s’ouvre aussi à la prévention avec le bilan prévention, et la loi du 27 juillet 2026 l’autorise à mesurer la pression artérielle de ses patients, ce qui explique la présence du tensiomètre dans la liste. Autant d’évolutions qui prolongent les réflexions que nous avions déjà évoquées sur la prescription de l’activité physique et sur les nouvelles missions de prévention, tout en rappelant que le kiné reste une profession de santé strictement encadrée.
Ce que cela change pour votre cabinet
Pour un kiné qui suit des patients âgés ou en perte d’autonomie, la prescription directe d’une aide technique ou d’une orthèse peut fluidifier le parcours, sans attendre un nouveau passage chez le médecin. Cela concerne notamment la prise en charge des personnes âgées, où les aides à la mobilité et à la prévention des chutes occupent une place centrale, ou le rôle du kiné dans l’activité physique adaptée. Dans tous les cas, le réflexe à adopter est simple : se reporter à la liste officielle avant de prescrire.
FAQ
Que peut prescrire un kiné en 2026 ?
Les dispositifs médicaux et médicaments figurant dans l’arrêté du 14 septembre 2026, soit 58 lignes au total.
Depuis quand les kinés peuvent-ils prescrire ces produits ?
L’arrêté a été publié au Journal officiel du 16 septembre 2026 et est en vigueur depuis le 17 septembre 2026.
Un kiné peut-il prescrire des médicaments ?
Oui, dans la limite de la liste : notamment des antalgiques de palier 1 et des myorelaxants hors formes injectables, des mucolytiques, des substituts nicotiniques et des antiseptiques locaux hors produits iodés.
Un kiné peut-il prescrire n’importe quel produit ?
Non. Seuls les produits de la liste sont concernés, chez les patients du kiné et dans le cadre de sa compétence. Les produits et matériels utilisés pendant la séance sont exclus, sauf indication contraire du médecin.
Les médicaments prescrits par un kiné sont-ils remboursés ?
Pas encore pour les nouveaux médicaments : le Code de la sécurité sociale ne reconnaît pas à ce jour la prescription du kiné comme ouvrant droit à une prise en charge.
Où trouver la liste complète des produits prescriptibles ?
Dans l’annexe de l’arrêté du 14 septembre 2026, publiée sur Légifrance.



